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De Colbert à Bruno Le Maire : les méfaits du protectionnisme et de l'étatisme en France

Mis à jour : 26 avr. 2020

Les colbertistes sont de retour. Apparaissant récemment sur la Une de Libération, Arnaud Montebourg, le souverainiste de gauche, fait des émules, même au sein de la droite qui se verrait bien voter pour lui. Mais ce dernier, comme bon nombre de personnalités de droite, est un colbertiste en culotte courte, qui ne garde du colbertisme que ce qui l’enchante, tout en rejetant ce qui a permis au colbertisme de fonctionner.

L’actuel ministre de l’économie, ou plutôt de l’économie administrée, Bruno Le Maire, en fait bien partie. La crise du coronavirus sera un prétexte pour accroitre encore un peu plus le rôle de l’Etat dans l’économie. Tout ce dont elle n’a pas besoin. Dans un entretien sur RFI, le ministre a confirmé « que nous avons décidé avec le président de la République et le Premier ministre de tout faire pour sauver notre économie ». L’ex soutien de François Fillon se dit grand défenseur de l’« idée de souveraineté économique. Et je peux vous dire que je me sens conforté dans mes convictions, dans mes positions. Il faut renforcer notre souveraineté économique nationale et notre souveraineté économique européenne. ».

Depuis le début du mandat Macron, la politique économique française se résume à des petits ajustements, mais également à une emprise du contrôle de l’Etat sur l’économie. Le grand changement libéral n’est pas prêt d’arriver. Bruno est là pour nous sauver. Et c’est bien cela qui inquiète. Nos entreprises ont besoin de plus de liberté, de moins de normes et de réglementations, pas qu’on les sauve … avec leur propre argent.

Il est possible de faire un parallèle entre l’époque macronienne actuelle, et celle de Louis XIV, un ayant un égo plus surdimensionné que l’autre. La politique ressemble à celle d’un célèbre ministre des finances du Royaume, Colbert.

Loin de là l’idée de dénigrer l’action de Colbert, mais force est de constater que ces idées reviennent. Le problème, c’est que ce ne sont pas les meilleures.

Le « colbertisme » c’est l’application du mercantilisme, c’est-à-dire l’idée que la prospérité d’une Nation vient du commerce et de l’accumulation de richesses et notamment de l’or. L’État joue donc un rôle d’accompagnateur économique, par exemple en réalisant de grands travaux d’infrastructures (le canal du Midi par exemple) ou d’accélérateur en lançant de nouvelles industries (la manufacture des Gobelins ou de Sèvres). L’or gagné par le commerce sert à financer l’État régalien, les dépenses de prestige de Louis XIV et les guerres.

Colbert se distingue de ses disciples en rejetant l’idée d’entraver la liberté économique. Au contraire, il était opposé à l’économie corporatiste, alors que cette idée revient à droite.

Le corporatisme amena d’ailleurs la faillite financière du Royaume. Et le colbertisme fut remplacé par le libéralisme d’un de ses successeurs au poste de Contrôleur général des Finances, Anne Robert Jacques Turgot, sous les ordres de Louis XVI.

Ce libéralisme qu’a tenté de mettre en place Turgot, qui souhaitait diminuer la dette du pays et améliorer la condition du peuple, a été repris notamment dans la deuxième partie du Second Empire puis prolongé lors de la IIIème République, engendrant l’âge d’or de l’économie française à travers ce que l’on appelle « la première mondialisation » (qui fera l’objet d’un autre article).

Durant le XXème siècle, les véritables politiques colbertistes ont été menées au sortir de la guerre par le Général De Gaulle et Georges Pompidou, avec des projets industriels phares et le développement d’infrastructures. Mais tout cela dans une économie largement privée et libérale avec un budget en équilibre et des dépenses publiques inférieures à 35% du PIB contre 56 % à l’heure actuelle !

Le Colbertisme fait des émules à l’heure actuelle, mais pour les mauvaises idées qu’il a engendrées. D’autant plus qu’il n’est plus d’actualité, au regard de l’économie actuelle. Il faut ainsi balayer l’idée que le coronavirus est une guerre, et marteler que les conséquences, médicales et économiques, résultent d’un socialisme étatique et d’une économie administrée par la pénurie.

Mais il est tout aussi bon de rappeler que le Colbertisme a vu naitre des mouvements de contestations fiscales et l’exil d’un bon nombre de Français. Certaines politiques ont nui à l’essor économique français.

Le mouvement des bonnets rouges, manifestant contre l’écotaxe sous le gouvernement Hollande, s’est inspiré de la révolte des mêmes bonnets rouges, eux du XVIIème. En 1675, des Bretons se liguent contre le Roi, et l’augmentation du prix du papier timbré. Ayant besoin d’argent pour mener ses guerres, le Royaume augmente le prix de l’équivalent du timbre fiscal d’aujourd’hui, encore plus employé à cette époque. Cette décision d’augmentation d’impôts date de 1674 et est accompagnée d’une taxe sur l’étain, impactant les restaurateurs et la classe moyenne de l’époque, ainsi qu’une hausse du prix du tabac, dont la vente est un monopole étatique.

Cette augmentation des taxes en Bretagne s’accompagne également des mesures protectionnistes dévastatrices pour les marins-pêcheurs bretons et les commerçants. En effet, Colbert impose des mesures protectionnistes qui les empêchent de commercer avec le voisin et principal client, l’Angleterre. La Bretagne est à l’époque, menacée par une grande famine. Beaucoup de marins s’exilent, notamment au Chili, nouvelle terre découverte par les Espagnols où de nouvelles opportunités voient le jour. Ce fut le cas de Guillaume Pinochet, marin breton qui s’exila au Chili, préférant affronter un long périple tumultueux plutôt que de vivre en Bretagne. Guillaume Pinochet, n’est d’ailleurs autre que l’ancêtre d’Augusto Pinochet, le dictateur chilien.

Colbert n’a pas connu cette décision, mais la révocation de l’Edit de Nantes a fait fuir bon nombre de Français, protestants, à l’étranger. En Europe, où beaucoup ont trouvé un refuge en Allemagne, mais aussi dans les nouvelles terres découvertes comme en Afrique du Sud où les villes de Franschhoek et la province viticole de Stellenbosch témoigne de l’arrivé de ces Français. Combien aujourd’hui de sud-africains blancs s’appellent Du Toit ? Du Plessis ? De Villiers ? Le Roux ? Marais ? Joubert ? Près de 20% des noms Afrikaaners sont français. Et les huguenots, pour la plus grande majorité entrepreneurs, se sont bien accommodés de cette nouvelle vie, alors qu’ils auraient pu être si utiles à la France.

Ainsi, la France actuelle souffre de maux qu’elle a connus il y a des siècles. Et les causes en sont les mêmes : un manque cruel de liberté. Liberté religieuse pour les huguenots et la révocation de l’Edit de Nantes, mais aussi liberté du commerce et liberté de disposer du fruit de son travail. Cela entaché par un Etat spoliateur. Avec comme tête de proue, Colbert, grand artisan d’un certain essor économique remarquable, mais aussi protectionniste et étatiste, qui a fait fuir de nombreux Français allant chercher l’Eldorado dans les nouvelles Terres. Tout comme notre modèle socialiste actuel, qui fait exiler nos cerveaux et décourage ceux qui restent.

Si Colbert avait été moins étatiste et spoliateur, moins protectionniste et si le Royaume avait connu Turgot plus tôt, le temps qu’il mette ses réformes en place, qu’est-ce que la France serait devenue ? La révolte de base dans la Révolution, avant qu’elle ne soit reprise par les rouges de l’époque et le sanguinaire Robespierre, était décentralisatrice et libérale. Elle rejetait la mainmise de l’Etat sur les Parlements régionaux. Peut-être qu’avec des réformes ambitieuses prises au bon moment, nous aurions à l’heure actuelle toujours un Roi ?


Le passé ne peut pas se réécrire. Mais ce qui est sûr, c’est que les mêmes maux produisent les mêmes effets. Et si la France veut se relever, elle devrait s’orienter vers une politique libératrice et décentralisatrice. Que Bruno Le Maire s’inspire de Turgot, et de ce qui a été fait à l’étranger, et que les colbertistes modernes étudient mieux leurs leçons. Alors, l’économie de la France pourrait respirer.



Aymeric Belaud

Fondateur Renaissance Libérale-Conservatrice

Contributeur à l'Institut de Recherche Economiques et Fiscales - IREF




Pour aller plus loin :


Victor Fouquet, Jean-Baptiste Noé, La Révolte Fiscale, Calmann Lévy, Mars 2019.

https://www.museeprotestant.org/notice/les-huguenots-en-afrique-du-sud/

https://www.contrepoints.org/tag/colbert


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