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Histoire du capitalisme : Partie 3, Capitalisme communiste

Voici la troisième et dernière partie de notre série sur l'histoire du capitalisme. N'hésitez pas à lire la partie 1 consacrée à la période antique et la partie 2 qui traite de l'époque médiévale.


Durant ce passage en revue du capitalisme et de l’anticapitalisme, nous sauterons l’époque entre la fin de l’ère moderne et l’arrivée du communisme dans le monde. En effet, le capitalisme a prospéré sans partage durant cette période et donc il n’est évidemment pas utile de l’étudier. Ici nous allons déconstruire l’anticapitalisme communisme en démontrant la différence de traitement entre la classe haute communiste (nomenklatura) et le reste de la population..


Depuis le XIXème siècle, l’anticapitalisme est devenu le premier modèle d’opposition à notre société économique et son fonctionnement. Ce début de contestation de grande échelle apparaît avec l’ouvrage de Karl Marx, Das Kapital. Sans rentrer dans les détails de son œuvre, il y expose la lutte des classes et sa vision de l’entrepreneuriat dans lequel il y a les profiteurs et les avantagés (patrons), et les esclaves modernes subissant les lois du marché (les salariés). De par sa vision manichéenne du monde de l’entreprise, K. Marx a forgé plusieurs générations d’anticapitalistes tels que les communistes bolchéviques, les communistes européanisés et les mouvements décroissants plus récemment arrivés sur l’échiquier politique.


Capitalisme communiste de l’URSS et des communistes survivants


“Le stalinisme, c'est la voie la plus longue pour aller du capitalisme... au capitalisme.” – Lech Walesa


Nous parlions au tout début de cet article en trois parties des définitions. Pour pouvoir comprendre le paradoxe communiste, il est encore une fois important de définir le capitalisme mais cette fois avec le point de vue communiste. Selon le Larousse[1] :


« Dans la terminologie marxiste, régime politique, économique et social dont la loi fondamentale est la recherche systématique de la plus-value, grâce à l'exploitation des travailleurs, par les détenteurs des moyens de production, en vue de la transformation d'une fraction importante de cette plus-value en capital additionnel, source de nouvelle plus-value. »


Le terme de capitalisme communiste ressemble bien plus à un paradoxe qu’à une réalité. Pourtant, comprendre le mode de fonctionnement économique d’un « empire » comme le bloc communiste[2] paraît bien plus complexe que de le réduire à un capitalisme marxiste. Sur le plan sociétal et gouvernemental il est déjà évident de voir que non, l’URSS ne suivait pas à la lettre le modèle communiste théorique de Marx et Engels. Tout d’abord, Engels[3] précise dans Les principes du communisme qu’il ne doit pas y avoir de hiérarchisation ni politique, ni d’entreprise. Or, dans le monde communiste « soviétique » plusieurs incohérences existent. Premièrement, qui oublierait Joseph Staline comme grand chef politique de cette nation. Mais la gestion par une main de fer est à l’opposé des valeurs que le communisme prônait et défendait. Ainsi, un système soi-disant représentant du peuple par le peuple et pour le peuple laissait mourir celui-ci par simple ordre à cause de son opposition aux politiques de planification. Non seulement la hiérarchie communiste était marquée mais elle était de plus mortifère envers son propre peuple au moindre signe de résistance.


En plus des gouvernants adeptes du culte de la personnalité, quid de la nomenklatura, cette oligarchie représentant l’élite de la nation qui gouvernait dans les instances les plus prestigieuses des partis communistes et qui ne représentait absolument pas le peuple ? Là encore le « communisme » n’était qu’un mot servant à cacher la réalité[4] et faire croire son utilité pour le bien commun. En effet, cette nomenklatura était loin de la vie du communiste moyen tout droit sorti des kolkhozes soviétiques que l’on affamé à la moindre dissidence. Il est évident que de riches entrepreneurs milliardaires ne pouvaient exister en URSS, cependant, cette classe dirigeante ne vit pas les difficultés économiques amenés par la gestion désastreuse des outils de production soviétiques. Effectivement lorsque les classes ouvrières et classes moyennes ne pouvaient se nourrir ou n’étaient pas en capacité de totalement subvenir à leurs besoins, les membres de la nomenklatura, eux, avaient la certitude d’être privilégiés et d’accéder à des denrées et des moyens leur permettant d’acquérir une sécurité de vie plus que nécessaire dans les gouvernements soviétiques. Étant un groupe de décideurs sur la planification de l’économie, de la consommation du peuple ainsi que du volet politique, il est évident de comprendre que des abus ont pu se produire dans leur simple intérêt. Ainsi nous avons une instance directrice très éloignée de l’envie d’égalité tant prônée par le communisme.


Maintenant, intéressons-nous à ce que sont devenus ces membres de la nomenklatura à la fin et après la chute de l’URSS. Lorsque que Gorbatchev arriva au pouvoir, soudainement la nomenklatura, contrairement à tout ce que l’on aurait pu penser, ne s’est pas indignée de la perestroïka menée par le nouveau dirigeant. Au contraire, elle en a tiré profit. Certains membres de la nomenklatura ont donc poussé la privatisation de certaines entreprises dans le but de les racheter à un coût bien inférieur de la réelle valeur marchande, afin d’en tirer un profit conséquent par la suite. Ainsi, dès que le régime communiste est tombé, la nomenklatura a pu montrer son vrai visage. Très loin de l’idéologie communiste, certains membres de cette classe sont sortis de l’idéologie d’extrême gauche afin de rejoindre des camps politiques pourtant à l’opposé. Ainsi, par exemple, dans les équipes de Jozsef Antall[5], certains membres (29 sur 71[6]) sont directement issus des précédentes équipes dirigeantes communistes. Ainsi, comme l’explique Thomas Schreiber dans son article Nomenklatura 2012 : les nouveaux décideurs, certains membre formés par le communisme comme Irina Bokova, formée à Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGIMO), s’est ensuite fondue dans le système capitaliste du monde moderne en devenant une assistante ministérielle et travaillant à l’UNESCO après avoir connu le monde universitaire américain. Ainsi la nomenklatura communiste n’était qu’un establishment bolchévique n’ayant comme seule différence le nom. Ces membres n’étaient que de simples décideurs souhaitant tirer leurs intérêts des activités de la nation.


En ce qui concerne la recherche du profit, on reconnait en quelque sorte sous le communisme des signes de l’économie féodale dont on parlait lors de la partie précédente. En effet, les richesses amassées par le régime ne servaient pas à combler une recherche de profit mais à financer les différents pôles de recherches – l’armement était le principal durant la guerre froide-. Ainsi de 1970 à 1987 les dépenses liées à l’armement de l’URSS avaient augmenté de 90 % et étaient passées de 8 % du PIB en 1970 à environ 28 % du PIB en 1987[7]. Alors, pour financer cette recherche, l’envie d’accumulation pouvait se faire ressentir. C’est alors qu’une logique similaire à la levée d’argent de l’Église sous le Moyen-Âge pour construire des cathédrales est devenue structurante de la politique économique de l’URSS. C’est de cette manière que l’économie soviétique a chuté. Tout comme l’économie médiévale n’a pas pu tenir face aux besoins croissants de la société, l’économie soviétique n’a pu absorber un contrôle total de l’économie. Les besoins du peuples étaient eux aussi croissants suite à la perestroïka, quand les dépenses liées à l’armement étaient faramineuses.


Figure 1 - Evolution de la dette réelle de l'URSS en millions de $ - Source : UN, ECE. Economie Survey of Europe


Comme nous pouvons le voir ici, l’URSS n’a cessé de s’endetter avant sa fin qui apparaissait donc comme programmée. Pour comprendre cette chute, poussée par le capitalisme il faut prendre en compte d’autres facteurs.


Figure 2 - Évolution des indicateurs clés de l'économie soviétique - Source UN, ECE. Economie Survey of Europe


Ici nous pouvons prendre connaissance des outils de production industriels et agricoles de l’URSS ainsi que ses exportations et importations. Il est assez évident de voir à travers ce graphique que l’économie soviétique dépendait en grande partie des autres pays. Durant une grande majorité du temps étudié, l’URSS a dû importer bien plus de biens qu’elle en a exporté. De plus, le système productif industriel semble stable mais la force de production agricole, elle, est très variable, ce qui provoque sans aucun doute des dépenses d’approvisionnements très élevées pour pouvoir permettre à la population d’éviter la famine. L’URSS n’était donc pas si anticapitaliste qu’on le prétend étant donné que son système tout entier fonctionnait grâce au capitalisme. De plus, c’est ce même capitalisme qui a fait évoluer la société soviétique au point de faire chuter le modèle communiste en place.


République Populaire de Chine

Le communisme a, depuis cette période, muté. L’exemple parfait de ce constat est la République Populaire de Chine. Elle est passée d’un pays ne pesant que peu dans l’économie mondiale vers la fin des années 70 à une puissance économique incontournable capable de concurrencer les États-Unis dans bien des domaines. Ainsi à travers différentes politiques visant à sortir de l’isolationnisme chinois et de faire venir les plus grandes entreprises privées sur son territoire, la Chine est vite devenue l’usine du monde. Comme les mots « entreprises privées » le stipulent, la République Populaire de Chine est sortie de la stratégie de planification étatique totale de l’économie au point d’avoir créé ce que l’on appelle une économie hybride. Cette économie n’est alors pas totalement contrôlée par l’Etat chinois, ni totalement soumise aux lois du marché.


Figure 3 - Évolution des exportations de marchandises chinoises en billions de $ US – Source : Banque mondiale


La Chine comparativement à l’URSS ne s’est pas uniquement basée sur son économie sans vouloir échanger avec le monde. Comme on le voit sur ce graphique, à partir des années 90, la Chine commence son entreprise de devenir l’usine du monde. A partir de cette époque, les exportations de marchandises chinoises augmentent de façon exponentielle jusqu’à 2008 et la crise des subprimes. Cependant pour comprendre l’incroyable croissance chinoise il faut aussi analyser leur PIB.


Figure 4 - Évolution du PIB chinois en billions de $ US courants – Source : Banque mondiale


Ici, il est clair que la crise des subprimes n’a pas eu d’effet en Chine comparé aux récessions vues dans les pays occidentaux. Ainsi la Chine a tiré un profit conséquent des crises financières des pays capitalistes en créant elle-même un système pseudo-capitaliste tout d’abord orienté vers la productivité et la mise à disponibilité de la main d’œuvre chinoise. La RPC est devenue l’enfant élu de l’économie mondiale à travers cette période (1990-2017), capable de produire pour la planète et résistant aux crises économiques. Elle est apparue avec le temps comme un insubmersible pays communiste socialement, et à penchant capitaliste dès lors que les entreprises privées sont prêtes à investir sur le territoire chinois.


Comme nous avons pu le voir, le communisme n’a pu échapper au capitalisme. Lorsqu’il ne l’a pas entrainé à sa perte, comme en URSS, il a modelé la société, comme en Chine qui, sans le capitalisme et les entreprises privées, ne serait jamais arrivée à une économie stable et prospère.


Conclusion de ces 3 parties :


A travers ce passage en revue de l’humanité civilisée, nous avons pu évoquer les structures économiques et sociétale de l’époque antique, de l’époque médiévale et de l’époque contemporaine. Le point commun entre toute ces époques est clair, si le capitalisme n’était pas partie prenante d’une société (féodale) ou d’un pays (URSS), il aura fini par faire chuter tout ce système ou bien de le modeler jusqu’à fondamentalement le structurer. De plus, nous aurions pu voir ensemble des points paradoxaux du communisme ayant certaines accoutumances avec le capitalisme et l’opportunisme. Comme titre du livre de Branko Milanovic le dit[8]-ironiquement-, le capitalisme n’a aucun rival et n’en possédera sûrement aucun tant que l’humain existera et agira en société menant à de telles interdépendances.


Pour conclure, je souhaiterais rappeler mon attachement au modèle capitaliste permettant de créer et de défendre le sentiment de liberté. Par ailleurs, il est aussi le seul modèle capable de stimuler l’innovation et la recherche dont nous avons tant besoin en ces temps. Assurément, l’humain n’aurait jamais pu autant se développer et parvenir à des prouesses technologiques exceptionnelles telles que la recherche spatiale, la médecine et les technologies numériques si la recherche des bénéfices, les investissement et la rentabilité n’étaient pas assurés.




Hugo Spring-Ragain

Membre du Bureau de Renaissance Libérale-Conservatrice



[1] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/capitalisme/12906 [2] Il est évident que tous les pays communistes n’agissaient pas pareil et ne formaient pas un empire un et indivisible mais par souci de simplicité nous le traiterons comme tel en tâchant de ne parler que de points affectant la majorité des pays de ce bloc. [3] Frederic Engels est souvent désigné comme le co-créateur du communisme mais aussi créateur des principes du communisme dans un livre éponyme en 1847. [4] Tout comme le fait que tout ou partie des pays communistes aient porté dans leurs noms des mots comme « démocratique », « République », « populaire ». Ce qui est paradoxal lorsque l’on voit le niveau de démocratie des régimes communistes. [5] Jozsef Antall fut le premier chef d’état hongrois issus d’élections libres à la suite de la chute du parti communiste. [6] https://www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2012-3-page-551.htm [7] https://www.futuribles.com/fr/revue/158/les-depenses-militaires-en-urss/ [8] Branko Milanovic – Le capitalisme, sans rival - 2020

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