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L’ultralibéralisme : le nouveau point Godwin

Mis à jour : 22 nov. 2020

C’est la fin d’un monde. Il nous faut aujourd’hui penser déjà au monde d’après. Pendant que la crise du coronavirus frappe de plein fouet la France, on nous ressort les arguments de l’ultralibéralisme, du néolibéralisme. Tout est bon pour accuser la méchante mondialisation, responsable de la crise de notre chère France. Le néolibéralisme est dans toutes les bouches, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, contaminant même la droite jugée « libérale-conservatrice ». Or, s’il y a bien quelque chose qui n’existe pas en France, c’est l’ultra-libéralisme.


La France, pays libéral ? Vaste blague


A entendre journalistes et politiques de gauche (parfois de la droite de gauche), la France souffre d’un excès de libéralisme. Le chômage, la stagnation du pouvoir d’achat, la désindustrialisation, les problèmes d’immigration et de « vivre ensemble », le déficit de la balance commerciale, celui du budget de l’État et la dette qui en résulte sont des conséquences directes d’une idéologie libérale dominante, et de l’ultralibéralisme.

Il faut avoir un aplomb considérable couplé à un manque sérieux de connaissance économique pour affirmer que si la France souffre de quelque chose, c’est de l’ultra-libéralisme.

La France est le pays le plus étatiste de l’OCDE : champion des dépenses publiques, champions des prélèvements obligatoires, champions des lois liberticides…


Comment oser dire que la France est un pays libéral ? Les chiffres font démentir cet argument :


- 56 % du PIB en dépenses publiques, 1er de l’OCDE

- 46 % du PIB en recettes fiscales, 1er de l’OCDE

- 400 000 normes

- 125 000 décrets

- 10 500 lois

- 252 taxes et impôts différents


Certains diront que l’on réduit le libéralisme à une question de prélèvements obligatoires. Or, c’est faux ! On ne réduit rien ici. Au contraire, c’est le commencement de l’observation, du diagnostic pour déclarer si un Etat est libéral ou non.

De plus, le libéralisme estime que l’Etat doit assurer pleinement ses fonctions régaliennes : police, justice, armée et institutions. Or, c’est là que le délitement se fait ressentir. Bastiat, le plus grand des libéraux, si méconnu en France, disait bien « Pour une Nation, la sécurité est le plus grand des biens. Si, pour l’acquérir, il faut mettre sur pied cent mille hommes et dépenser cent millions, je n’ai rien à dire. » La politique menée ressemble plus à un socialisme laxiste doublé d’une culture de l’excuse néfaste.


Comment estimer que l’on vit dans un enfer ultralibéral alors que la France et les Français, en plus de crouler sous les impôts et les taxes, ploient sous les contraintes réglementaires. Tout est réglementé, du nombre d’œufs que nos enfants peuvent manger selon leur âge, à la hauteur des tables des restaurants, en passant par l’interdiction aux cuisiniers de manger dans leur propre cuisine.


Ceux qui affirment que la France est « ultralibérale » sont au mieux des ignorants notoires, au pire des menteurs. Il faut vraiment être inculte, de mauvaise foi, ou tout simplement mal connaître la définition du libéralisme pour croire que c’est le mal qui frappe la France.

Mais le problème du libéralisme, c’est qu’il est un terme dévoyé. Et cela n’élève pas le débat.

Ultralibéralisme : la nouvelle consigne du Comintern

Qu’est-ce que l’ultralibéralisme ? Une chimère de plus, qui permet de masquer l’effroyable échec de l’Etat-Nounou français.

Est-ce l’ultra libéralisme qui est responsable de l’état de délabrement de nos hôpitaux ? Certainement pas. D’ailleurs, les pays qui s’en sortent le mieux ont un système de santé qui laisse la part belle au privé et à un fonctionnement des hôpitaux (publics et privés) digne d’une PME. Le voisin allemand et les sud-coréens prouvent que la liberté dans le domaine médical permettent une bonne, très bonne prise en charge et une bonne réactivité lors de crises sanitaires.

Ultralibéral, dans la nouvelle dialectique, c’est le nouveau fasciste. Un terme qui permet de discréditer l’adversaire et le placer dans les camps des méchants. Il est tout aussi infondé, d’autant plus que, contrairement à fasciste, ce terme est purement fictif et ne désigne rien, si ce n’est une méconnaissance du propos.

Demandez à quelqu’un de vous décrire ce qu’est l’ultralibéralisme. En réalité, souvent, on vous décrit une social-démocratie progressiste.


Le libéralisme, est vidé de sa substance. Tout le monde le réadapte à sa façon. Pour finir avec une définition floue. Alors que le libéralisme, c’est une doctrine de droit, mais aussi une philosophie. Une philosophie du droit naturel qui reconnait des droits universels et égaux à chaque individu. Ce libéralisme est la synthèse de siècles de pensée occidentale mêlant pensée gréco-romaine et chrétienne. Le libéralisme est en réalité un humanisme chrétien.


Quand des penseurs estiment que le libéralisme se mesure non pas seulement à la pression fiscale, mais au degré de « marchandisation de la société », on observe bien que leur définition se brouille. Faisant référence à la marchandisation du corps humain, jamais aucun penseur libéral, de Smith à Hayek en passant par Bastiat, n’a déclaré que l’Homme était une marchandise. Car, comme le dit Hans-Hermann Hoppe, en parlant d’immigration dans son ouvrage Démocratie, le Dieu qui a échoué, l’Homme ne peut être considéré comme une marchandise. Comme la théorie libérale reconnait des droits aux individus, et que les marchandises ne possèdent pas de droits, l’Homme ne peut faire commerce de sa propre personne. Pour les mœurs, il nous est possible de citer Philippe Némo, qui dans un article « Libéral ou Libertaire » paru dans le Journal des Libertés de Printemps 2019, décrit parfaitement bien qu’il ne peut exister de société libre sans normes ni valeurs. D’autant plus que le libertaire, contrairement au libéral, est un déconstructeur.


Ultralibéralisme est tout simplement un terme qui n’existe pas. Aucune école d’économie ou de pensée ne porte ce nom et personne ne se revendique de ce prétendu courant. L’ultralibéralisme sauvage n’existe pas. En pratique, il s’agit d’un terme utilisé à tort et à travers pour déconsidérer un adversaire ou un ennemi politique. Rien de plus. Une piteuse technique de propagande utilisée par la gauche, comme à son habitude, et également par la droite la plus bête du monde.


Il est temps que les Français se cultivent économiquement, et arrêtent de se plaire à boire les dissertations d’un Onfray, Michéa, Benoist, ou Polony, sur un sujet dont ils ne maîtrisent pas les bases. Quand certains présentent Keynes comme un libéral, on voit le travail des idées et d’instruction de culture économique qu’il reste à accomplir.

La liberté ne se résume pas à l’économie, mais sans économie libre, pas de liberté. C’est aussi basique que cela.


Si l’on doit trouver un responsable à la situation française, il se nomme étatisme soviétique, et non pas Ultra-libéralisme, qui n’est autre qu’un vulgaire argument de propagande.

Aymeric Belaud

Fondateur Renaissance Libérale-Conservatrice

Contributeur IREF



Pour aller plus loin :


https://journaldeslibertes.fr/article/liberal-ou-libertaire/#.XqVRkWgzaUk

Hans-Hermann Hoppe, Démocratie, le dieu qui a échoué, Mars 2020.

https://www.contrepoints.org/tag/ultraliberalisme

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