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TRIBUNE - Pourquoi je suis libéral

Les opinions exprimées dans cette tribune sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre mouvement.


La gauche et la droite conservatrice ont coutume de dire que nous vivons dans un pays libéral, où la société serait régie par la dictature de l'individualisme, du marché et que Macron en serait son prophète. Or ce réflexe pavlovien, cette tarte à la crème ne résiste pas longtemps à l'épreuve de la réalité de notre pays : fiscalité, taxation abusive, redistributivité, censure, Etat-nounou, formatage de l'éducation nationale, bureaucratie, syndicalisme-gauchiste financé, irréformabilité, subsidiarité en berne, dépenses publiques,... Nous n'avons jamais quitté un pays socialisant depuis l'élection d'Emmanuel Macron. Inexorablement, la France s'enfonce vers toujours plus d'Etat à mesure que les Français ne sachent plus (et ne peuvent plus) rien faire sans lui. Une dictature de la déresponsabilisation, une dictature qui ne dit pas son nom. Comment s'étonner derrière que les Français soient les champions de la consommation de psychotropes ? Car même s'ils l'ont accepté en partie, les Français sont malades de leur Etat. Ils sont malades de leur dépendance et de cette égalitarisme qui mine les libertés. Cette dépendance est comparable à l'addiction de l’héroïnomane pour sa dope : Il n'en est pas heureux, encore moins fier, mais il en éprouve le besoin et le manque.

C'est donc d'une thérapie de choc dont nous avons besoin pour guérir. Modestement, je vais tenter d'établir quelques lignes directrices du traitement, dans divers domaines, qui pourront permettre à nos concitoyens de relever la tête.



Liberté d'expression :


La France est réputée dans le monde comme étant le pays des droits de l’Homme. Pour autant, la liberté d'expression est en berne et la France ne se classe que 32ème dans le classement Reporters sans frontières de 2019. Force est de constater que le pays connaît de plus en plus de restrictions en la matière.

La loi « anti-fake news », votée fin 2018, est critiquée par RSF qui y voit « un outil difficile à mettre en place et contre-productif ». En effet, cette loi attribue au juge un rôle de vérification de contenu qui risque de lui donner un rôle politique. De là à imaginer demain la censure en marche, il n'y a qu'un pas... De plus, cette loi renforce le pouvoir du CSA « à l’encontre des médias contrôlés par un État étranger ou placés sous l’influence de cet État ». Étrangement c'est souvent la Russie qui est visée, jamais les Etats-Unis (CNN) ou encore le Qatar (Al Jazeera).

La liberté d’expression des citoyens n'est pas en reste. Depuis la loi du 29 juillet 1881, l’injure (article 29 alinéa 2) mais aussi l’incitation à la haine, sont condamnées. Ce sont sur ces motifs que des demandes ont été faites à l’encontre de personnes tenant des propos extrémistes comme récemment Nick Conrad. À cela s’ajoute l’action des autorités en matière de maintien de l’ordre public comme par exemple le cas d’Orelsan empêché de se produire à un festival sur demande de Ségolène Royal, alors présidente de la région Poitou-Charentes, ou celui de Dieudonné interdit de salles du fait d’une circulaire du ministre de l’Intérieur Manuel Valls. Dans ces trois cas, la volonté de censure a abouti à un effet Streisand donnant de l’importance aux personnes censurées qui se sont alors posées en martyr de la liberté d'expression et/ou du racisme. Ils ont gagné en visibilité et en notoriété, parfois même leur audience s'est accrue. Censurer des personnes qui se disent « antisystème » les confortent dans cette rhétorique et les confirment aux yeux de leur public. Il est donc temps pour les autorités et nos élites de comprendre qu'on peut contrôler l'expression mais pas l'opinion, encore moins à l'heure des réseaux sociaux, et ferait bien de méditer ces paroles de John Stuart Mill :


« Mais ce qu’il y a de particulièrement néfaste à imposer silence à l’expression d’une opinion, c’est que cela revient à voler l’humanité : tant la postérité que la génération présente, les détracteurs de cette opinion davantage encore que ses détenteurs. Si l’opinion est juste, on les prive de l’occasion d’échanger l’erreur pour la vérité ; si elle est fausse, ils perdent un bénéfice presque aussi considérable : une perception plus claire et une impression plus vive de la vérité que produit sa confrontation avec l’erreur. »


Les statistiques de Facebook et de Twitter montrent clairement une tendance naturelle du gouvernement français à demander la suppression de contenus jugés non conformes à la loi. En 2018, ce sont 667 suppressions de contenus Facebook et 243 réclamations Twitter qui ont été faites par la France. En comparaison, les Pays-Bas étaient à 193 contenus Facebook et 6 réclamations sur Twitter et la Pologne à 26 contenus Facebook et 6 sur Twitter. Déjà que ces plateformes pratiquent l'autocensure parmi les publications, et si un cadre légal contraignant s’ajoute à cette politique interne du réseau social, alors il faudra s’attendre à une amplification du phénomène dans les années à venir.

Le point commun de toutes ces restrictions de contenu serait de lutter contre les extrémistes. Sauf que toute personne peut être considérée comme un extrémiste par une autre personne ou un groupe ayant des idées différentes. L’humoriste anglais Rowan Atkinson (alias MrBean) qui a fait campagne pour la liberté d’expression, le résume bien :


« Le problème évident de l’interdiction des insultes est que trop de choses peuvent être interprétées comme telles. La critique est facilement interprétée comme une insulte. Le ridicule est facilement interprété comme une insulte. »


C'est pourquoi il est urgent que la France change de cap en matière de législation sur l'expression et ferait bien de s'inspirer du premier amendement de la constitution américaine. Cela serait un signal fort envoyé et un coup de boutoir terrible chez les professionnels de la victimisation.



Enseignement :


Il vaut sans doute mieux pouvoir sauter dans divers canots de sauvetage plutôt que de sombrer collectivement avec le paquebot. L'école publique n'a jamais été autant en crise : classement PISA médiocre, théorie du genre, autorité du professeur bafouée par l'élève et les parents, diplômes en perte de valeur,... Rien ne va plus. A tel point que les inscriptions dans le privé ne cessent d'exploser. Il est peut-être temps de repenser un modèle différent et plus actuel. A cet égard, le modèle suédois en terme scolaire me paraît intéressant à étudier: Ici pas de carte scolaire, pas d’obligation d’inscrire son enfant à l’école du quartier, le choix de l’établissement scolaire reste à la discrétion des parents. De même, une grande liberté pédagogique est laissée aux chefs d’établissement qui peuvent définir leur propre ligne pédagogique et recrutent les enseignants selon les critères de leur projet éducatif. Cette liberté pédagogique des deux côtés est importante car elle implique davantage les parents et surtout elle leur laisse la possibilité de choisir la pédagogie qu’ils jugent la mieux adaptée pour leurs enfants. Que ce soit une pédagogie particulière (Montessori, Steiner-Waldorf, Reggio Emilia), une confession (catholique, juive, musulmane, etc..), ou une préférence linguistique particulière, il existe autant de propositions et de projets éducatifs susceptibles de satisfaire les parents. Du côté des établissements et des chefs d’établissements, il y a aussi une plus grande marge de manœuvre, et ils peuvent recruter librement les professeurs qu’ils jugent aptes à servir leur projet éducatif. Les objectifs pédagogiques sont définis par l’école mais les professeurs ont aussi une certaine liberté pour atteindre ces objectifs. Cette organisation, si elle peut sembler trop libertaire ou pas assez cadrée, permet cependant de maintenir un certain dynamisme du côté des professeurs qui sont, en quelque sorte soumis à un impératif de résultat. Il ne faut pas avoir peur de la concurrence, même pour l'éducation, et il est fort à parier qu'à terme les écoles les plus performantes amèneront à elles une majorité d'élèves et feront ainsi fermer les moins bonnes. Ce sera tout le pays qui en bénéficiera.



Santé :


La crise sanitaire du coronavirus, toujours pas endiguée en France au moment où j'écris ces lignes, a permis de pointer les faiblesses d'un Etat omnipotent et nounou. A force de vouloir s’occuper de tout, de régenter chaque centimètre carré de la vie des Français, l'Etat est devenu obèse et comme tout obèse il perd de sa vigueur et de son agilité. Cela ne lui permet pas d'agir rapidement en cas de crise et ce malgré une manne financière incroyable récoltée par des prélèvements obligatoires records. La Chine communiste aussi, a mis beaucoup de temps avant de réagir face au virus, et elle a dû employer des moyens liberticides lourds pour compenser. D'autre part, à force de materner ses ouailles, de les rendre dépendant à lui, l'Etat ne permet pas de responsabiliser les gens. Ces derniers sont donc constamment dans l'attente voire dans la déresponsabilisation d'un « Etat qui sera là pour nous protéger et nous soigner si besoin.». Ce modèle socialiste « débilisant », électoraliste et irresponsable nous aura beaucoup coûté pendant la crise du coronavirus avec des personnes sortant manifester, allant au parc en groupe, ou encore s'entassant dans les grandes gares. Tout en étant lucide sur la nature des Européens, il est tout de même intéressant de regarder comment cela s'est passé dans plusieurs pays asiatiques comme Singapour, Taïwan ou la Corée du Sud : Interdictions de territoires ; dépistage systématique ; établissement du parcours précis des patients dans les jours et les heures qui ont précédé leur infection pour remonter la piste du virus ; des personnes en quarantaine forcée,... Dès le 20 janvier 2020, les autorités taïwanaises ont filtré les personnes en provenance de Wuhan dans les aéroports. Peu de temps après, le ministre de la Santé taïwanais conseille à la population de se confiner. Les entreprises qui fabriquent des masques augmentent leur production pour faire face à la demande. Une centaine d'autres mesures dans les domaines de la santé, de l'économie et de la communication ont été prises. Au 19 mars 2020, Taïwan, où vivent 23 millions de personnes, ne comptait que 108 cas de Covid-19 et un seul décès.

Il ne faut donc pas miser sur un super-Etat pour endiguer les crises mais plutôt sur de la prévention, de la réactivité, de la discipline et de la responsabilité. Il est également urgent de revoir l'organisation de l'hôpital public où le rapport qualité / investissement est en deça de ce que l'on est en droit d'attendre dans un grand pays comme la France. Laissons un peu la chance au privé comme a pu le faire l'Allemagne où l'apport des hopitaux privés a été décisif pendant la crise du Covid-19, notamment avec le nombre de lits en réanimation disponibles.



Economie et solidarité :


Ce qui pèse spécifiquement en France, c'est une défiance quant à l'esprit d'entreprise et la possibilité de s'enrichir. La gauche se complaît dans sa haine du riche au point de ne pas pouvoir s'empêcher de sermonner Bernard Arnault lorsque celui-ci donne pour la rénovation de la cathédrale Notre-Dame ou met ses usines de parfum à contribution pour la confection de gels hydroalcooliques. Ce qui plait à cette gauche, c'est moins la redistribution et la solidarité que la jouissance que lui procure une expropriation.

Le principal point fort de la liberté économique est qu'il donne la possibilité à l'individu de pouvoir s'enrichir pour lui-même. A première vue cela paraît peu moral et totalement individualiste. Mais grâce à cette possibilité, l'entrepreneur prendra des risques, la créativité en sera boostée et cela permettra de créer davantage de richesses et d'emplois. Alors que dans un système collectiviste, savoir à l'avance que nous serons spoliés n'amène guère à la motivation et à la prise de risque nécessaire à cette création de richesses. C'est donc un appauvrissement général inéluctable à terme. Dans ces conditions la nature humaine pousse à faire moins pour un résultat qui sera de toute façon connu à l'avance, quel que soit les moyens engagés. Pour maintenir une production et un travail constant, l'Etat spoliateur sera nécessairement obligé d'en passer par la contrainte et la force.

Le socialisme n'a pas le monopole du social et il est tout à fait concevable qu'une société libérale puisse avoir le souci des plus faibles. Par le don, par l'incitation fiscale caritative, dans la liberté d'association, par la décentralisation et le principe de subsidiarité où les communes pourraient organiser des réseaux de solidarité, dans les réseaux communautaires et religieux, le militantisme politique et syndical, etc ...



Les amendements nécessaires :


Bien-sûr toute idéologie a besoin de limites, ne serait-ce que pour se prénéniser elle-même. Le rôle de l'Etat est nécessaire pour protéger le bien-commun d'un peuple. Il s'agit bien entendu du régalien (armée, justice, police, diplomatie) auquel nous pouvons ajouter l'héritage culturel, sprirituel et un système de santé public minimum. L'idée d'une personnalité ou d'une institution audessus de la mêlée démocratique, qui serait le garant de ce bien-commun et pouvant mettre son veto sur telle ou telle réforme ou action en vertu de ce dernier me paraît nécessaire. L'immigration doit également être contrôlée et choisie dans cette optique de protection. Il est inconcevable de faire venir des populations dont la culture et les mœurs remettraient en cause les libertés fondamentales, la culture et l'héritage du peuple autochtone.


La liste des domaines à évoquer est encore longue mais je voulais faire un premier jet pour montrer ce qui pourrait être changé dans la vie de tous les jours avec un état d'esprit libéral. « Tout désespoir en politique est une sottise absolue » disait Maurras. Il ne faut pas baisser les bras face à un Etat surpuissant et militer chacun dans notre quotidien et à notre niveau pour obtenir des avancées nécessaires à la survie de notre peuple, de nos traditions et de notre nature.



Brice André

Membre du Bureau de Renaissance Libérale-Conservatrice


Son blog : http://lexutoire.over-blog.com/

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